15/06/2011

Je ne suis plus moi ...

 

Savez-vous que mon nom de famille s'écrit de deux manières différentes, en alphabet latin et en alphabet grec?
Et ce, depuis que mon père a émigré en Belgique, dans les années cinquante.
Et ce, depuis ma naissance, dans les années soixante.

Je me prétendais parfaite européenne. N'ayant aucune aspiration nationaliste à l'égard de l'un ou l'autre des deux pays qui ont fait qui je suis.
Tout en me sentant plus proche d'ici que de là-bas.

A 18 ans, j'aurais pu opter pour la naturalisation belge mais n'en fis rien. Car à l'époque, seule la motivation d'une carrière dans l'enseignement belge ou la fonction publique belge aurait fait pencher ce choix. Le mien, ne se portait pas vers ces carrières là.

La double graphie de mon nom et aussi de mon prénom a paisiblement coexisté jusqu'à il y a quelques semaines.
Et a volé en éclats.

Pire ! Me voici affublée d'une troisième graphie de nom/prénom parce qu'à la lumière d'une demande de passeport grec, les autorités grecques ont soudainement transformé la graphie de mes nom et prénom en alphabet latin, pour que cela fasse + grec ...

A mes interrogations, les autorités grecques m'ont vertement opposé que cette translitération de nom était obligatoire, que l'état grec avait adopté une nouvelle méthode de traduction des noms de l'alphabet grec vers l'alaphabet latin (ELOT 743) qui respecte la graphie et les sons, que la nouvelle graphie de mon nom en latin est désormais la seule valable et que je n'avais qu'à faire modifier mes coordonnées auprès des autorités belges.

Le ciel m'est tombé sur la tête. Mes genoux se sont liquéfiés.
Comment peut-on pondre de telles inepties ?
Est-ce qu'ils n'ont pas d'autres chats à fouetter que de s'amuser à traduire et modifier les noms grecs dans un alphabet qui n'est même pas le leur ? Et comme ça, tout à coup ?
Qu'ils fassent cela pour les nouvelles demandes de documents officiels, je comprendrais mais moi j'avais des données déjà existantes et donc reconnues tant par les autorités grecques que les autorités belges.

Alors quoi ?
Vous vous imaginez, vous, dans cette même situation ?
Non ? Et bien, je peux vous relater mon parcours.

J'ai pensé à un changement dans le Registre national, afin que le nouveau nom soit officiellement acté et que l'on n'en parle plus.

Sauf que j'ignore par quelle procédure, vu que je ne dispose d'aucun jugement qui fasse foi et oblige les Belges à quoi que ce soit.
Sauf aussi que le changement de nom en Belgique est réservé aux belges et aux apatrides.
Les apatrides ont plus de droits que moi ... Ils ne connaissent pas leur bonheur !

Sauf que les Belges me disent qu'il s'agit d'un problème greco-grec et que je dois trouver un avocat grec inscrit au barreau grec pour vérifier si mes droits grecs ont été respectés dans cette affaire et si pas, pour faire valoir mes droits (plainte, procès, recours, etc quoi).
Facile ! Moi qui n'ai gardé de la Grèce pour tout contact qu'un passeport invalidé, qu'un passeport que je conteste, que la nationalité, que quelques vieilles tantes et cousins quasi étrangers, je vais certainement trouver très facilement un avocat de là-bas, avec lequel je communiquerai en visioconférence, et qui m'arrangera cela vite fait-bien fait et pour trois fois rien, évidemment ...

Ok, mais même si toutes ces chicaneries étaient vite réglées et qu'il faille me résoudre à plier l'échine, à adopter un nouveau nom (les enfants et les chiens sont plus facilement adoptés qu'un nouveau nom, non ?), il faudrait matérialiser ce changement du côté belge, non ?

Et même si le changement dans le Registre national était possible et rapide, il faudrait faire changer tous les actes officiels (mariage - naissances - divorce) sans quoi je ne serais plus la fille de mes parents, plus la soeur de mon frère, plus la mère de mes enfants, plus la femme du père de mes enfants.

Et même si tous ces changements étaient réglés, je devrais aussi contacter mon employeur, ma banque, mes compagnies d'assurance, mes fournisseurs de services, mes relations professionnelles, sociales, familiales, personnelles passées présentes et à venir, pour les avertir tous que désormais mon nom s'écrit ainsi et plus comme cela mais que moi c'est toujours moi. Non ?

Et à l'heure de ma retraite, qu'est-ce qui me dit que ce changement de nom ne me jouera pas un vilain tour ?
C'est déjà tellement compliqué sans avoir changé d'identité que je n'ose imaginer le pire. Mais je le crains.

Et même si on laisse tomber tous ces affreux détails pratiques, ces mille et un euros, ces mille et un contacts qu'il ne faudrait pas oublier (c'est presque comme les check-listes en prévision d'un déménagement), pourquoi devrais-je accepter que mon nom soit changé sans avoir été consultée, avertie et sans l'avoir décidé ?

Un prénom et un nom constituent l'identité d'une personne.
Son histoire. Sa filiation. Ses droits et ses obligations. Son moi.

A l'heure où l'on parle partout d'harmonisation, de lutte contre la fraude d'identité, de reconnaissance des décisions judiciaires en matière civile et pénale, de protection des données personnelles, d'Europe, et tous simplement de démocratie, quel pays peut encore se prétendre démocrate lorsqu'il oblige ses sujets à changer de nom ?

PS: si un pauvre compatriote faisant face aux mêmes tribulations ou ayant résolu une telle boîte de pandore passe par ici, si un juriste belge ou un avocat grec me lit et est près à me conseiller, qu'il n'hésite pas à se manifester ! Je me sentirais moins seule et moins démunie.

Car là, je ne suis même plus moi.
Et je n'aime pas cela ... cette l'impression d'être retombée pleine crise d'adolescence, prête à lever une fronde contre l'autorité et l'injustice, à brandir ma rage contre l'aberration. Sauf que je ne sais pas qui engueuler ...

 

 

 

 

Commentaires

Mip un jour, Mip toujours !

Écrit par : Vil Coyote | 16/06/2011

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